Le Mont Saint Helens fait partie
de la grande chaîne
volcanique des Cascades qui s'étend à l'ouest du continent
nord-américain,
de l'arc volcanique Garibaldi en Colombie Britannique
jusqu'au complexe volcanique Lassen en Californie. La formation de
la chaîne des Cascades est dûe à la subduction de
la plaque Juan de Fuca sous la
plaque
nord-américaine,
subduction qui a donné classiquement naissance à de nombreux
volcans au dynamisme éruptif explosif situés dans les États
américains de Whashington (Baker, Glacier Peak, Rainier, Saint
Helens, Adams), Oregon (Hood, Jefferson, Three Sisters, Newberry, Crater
Lake,
Mac Loughlin) et Californie (Medicine Lake, Shasta, Lassen Peak) pour
les principaux. Les stratovolcans les plus imposants se trouvent dans
la partie nord de l'arc des Cascades (état de Whashington) alors
que Medicine Lake en Californie est un volcan bouclier.
Le Mont Saint
Helens
doit sa célébrité à son éruption
du 18 mai 1980, éruption
majeure
qui
a pour
la première
fois
pu être
suivie en direct par les caméras et les satellites. Les scientifiques
ont ainsi pu étudier précisément les différents
mécanismes mis en jeu
pour les avalanches de flancs, les écoulements pyroclastiques,
les lahars et les
évolutions des panaches de cendres dans l'atmosphère entre
autre.
L'éruption
du Mont Saint Helens a été annoncée par de nombreux
signes précurseurs,
la première explosion survenant le 27 mars 1980 après
123 années de repos.
D'autres explosions phréatiques se succédèrent
en avril, associées à
de nombreux séismes superficiels mais aussi plus profonds qui
signaient une montée du magma depuis le réservoir profond.
Courant avril, les scientifiques enregistrent des trémors harmoniques,
secousses provoquées par les vibrations
dûes à l'ascension du magma. La morphologie du volcan
se modifie et un gonflement apparait sur le flanc nord, grossissant à la
vitesse de 1.5 m/j. Le 17 mai, le gonflement du flanc nord a élargi
le sommet de près
de 135 m !
Le 18 mai à 08h32 locales, un premier glissement
du flanc nord du St Helens, associé à un séisme de magnitude 5.1, entraîne
une avalanche de débris
dans le lac Spirit Lake situé en face du volcan. Une énorme
vague traverse le lac qui se vidange presque. Quelques secondes après,
un puissant blast latéral de gaz, vapeurs et blocs à 300 °C, dû à la
libération
brutale des nappes phréatiques surchauffées et soudainement
mises à l'air
libre suite à un deuxième glissement de flanc va dévaster
à la vitesse de 480 km/h une surface de 600 km2.
Ce blast ou surge pyroclastique a surpris tout le monde, détruisant
pratiquement tout sur son passage jusqu'à 27 km de distance au
nord du volcan, la presse parlera de “stone wind” - vent
de pierre. Quelques minutes plus tard, un troisième glissement
de flanc met à nu
le cryptodôme
et donc le magma. Une colonne de cendres dacitiques se forme, elle atteint
25 km d'altitude en 15 minutes alors que les coulées pyroclastiques
se succèdent sur les flancs nord du St Helens. Les glaces et neiges
fondues forment des coulées de boues qui s'accumulent dans la
rivière Toutle.
Le panache de cendres va traverser les États Unis et se diriger
aussi vers le Canada. Finalement l'éruption a causé la
mort de 57 personnes dont Harry Truman qui avait refusé de quitter
sa maison du Spirit Lake (recouvert par 180 m de débris) et aussi
David Johnston, jeune volcanologiste en poste sur une falaise située à 8
km du volcan, chargé de prévenir
ses collègues basés à Vancouver (état de
Washington). Ses derniers mots furent : “that is it” - c'est
parti - avant que le blast ne l'emporte. L'observatoire, construit à l'endroit
même, face au volcan,
porte son nom en hommage.
Le Mont St Helens a perdu 400 m de hauteur
lors de l'éruption, passant de 2 949 m d'altitude avant mai 1980
à 2 549 m après. Son sommet de forme conique (il était
surnommé “the
Fuji of America”) a
pris l'allure d'un fer à cheval à l'intérieur
duquel s'est mis en place un premier dôme entre 1980 et 1986 puis
un second entre 2004 et 2006. Après plusieurs années d'
activité avec
explosions et avalanches, la croissance du dôme s'est arrêtée
en janvier 2008. Les nouvelles laves extrudées qui ont formé depuis
l'éruption de 1980 les nouveaux dômes
ont empli 7 % du cratère et forment un complexe de dômes
de 93 millions de m3. En 2006, l'ascension
du Mont St Helens a de nouveau été autorisée. De
retour d'un voyage à
Hawaii, j'en ai profité pour visiter le splendide Mount St Helens
National Volcanic Monument. Une grande partie de la zone dévastée
en 1980 est restée en l'état et il est toujours impressionnant,
près de 30 ans plus
tard, de voir les milliers de squelettes des pins Douglas sur les collines
environnantes et sur Spirit Lake. La vision à 360° au sommet
du St Helens est un grand moment.
Quelques chiffres : 595 km2 de
forêts de pins Douglas détruites en moins de 10 minutes,
27 km de rivières
ensevelies sous une moyenne
de 45 mètres de dépôts, perte de 400 m de hauteur, panache éruptif
de 25 km d'altitude formé durant les premières minutes
et contenant près
de 540 millions de tonnes de cendres dacitiques.
Voici quelques photos d' une région
qui mérite le
voyage.
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